Il y deux semaines, il y a eu un référendum en Nouvelle Calédonie. La question est celle d'une indépendance ou d'un rattachement à la France. Ce référendum vient trente ans après de sanglants affrontements en Kanaks(les habitants originaires de l’île) et l'état français. Le résultat est conforme à celui attendu, c'est à dire à un rattachement à la France; mais il déçoit les partisans du rattachement à la France, qui eux espéraient un plus large score. En fait en étudiant la géographie des votes, il est facile de s'apercevoir que les Kanaks ont voté pour l'indépendance(mais ils sont minoritaires), les autres ont voté pour le rattachement à la France. Il y a partition de la société calédonienne.

J'ai été déçu du peu d'intérêt que ce vote a suscité, du peu de nombres de commentaires politique, médiatique et intellectuelle, et de la pauvreté des commentaires. Je n'ai entendu aucune proposition politique qui réponde à cette insuffisance de voix. Aucune véritable réflexion, aucun véritable intérêt; cet événement est pourtant important pour chaque français, car il nous parle de ce que veut dire être français aujourd'hui,  être citoyen aujourd'hui, cet événement nous parle du lien qui nous unis à travers les distances. Cet événement a été traité par les médias, par les politiciens, par les intellectuels comme un banal fait divers; bref comme une simple information. Il y a de façon certaine un refus de s'occuper du lien qui lient les individus à leur société, une obstination ou une indifférence technocrate, jacobine ou élitiste à rester vissé sur des discours volontaires, incantatoires ou techniques. Ce silence est pesant, il oblitère l'avenir.

Puisque je n'ai entendu aucun commentaire digne de ce nom, je rends grâce à ce merveilleux outil de publication en ligne qu'est internet. Je peux ainsi énoncer, et je le souhaite, partager mon idée, mon sentiment, mon opinion sur ce référendum. Je n'écris pas cet article par plaisir, car je suis las d'écrire un peu toujours la même chose, et je n'aime pas particulièrement écrire. De plus je n'obtiens, tout au moins en apparence, aucune réponse intéressante ou productive, voir pas de réponse du tout, pas de popularité non plus, ce blog n'est lu que par peu de monde. Mais je me sentirais un lâche de me taire. Voilà donc ma réponse à cet événement passé à la trappe du spectacle médiatico-politique.

Tout d'abord je distingue la politique qui consiste en une gestion technocratique des problèmes, du politique ou le politique qui désigne le type et la qualité des relations des citoyens entre eux, et des citoyens et de leurs représentants politiques. Il est bien clair que dans le cas de la Nouvelle Calédonie, les Kanaks ne se sentent pas représentés au niveau politique; et ainsi ont-ils voté pour l'indépendance. Pour les tenants d'une large victoire au référendum, c'est l'idée de faire taire l'opposition autochtone dans une attitude impérialiste, méprisante ou indifférent. Cette position morale n'ayant pas été relevé par aucun intervenant, voilà qui est fait par ce texte.

La deuxième idées qui semble évidente c'est le lien avec les autres territoires d'outre mer auxquels j'y rajouterais la Corse. Un vrai travail politique consisterait à les réunir, et voir avec eux ce qui peut être fait, pour que l'éloignement puisse être vécu sereinement; pour que cette diversité et cette différence de la métropole à ces lieux distants puissent être une source d'enrichissement, de bien être, et non pas d'empêchement et de crispations. Ce travail n'a été fait ni par le gouvernement ni par aucun parti d'opposition, ni par les médias,ni par les intellectuels. Cette absence de travail n'a été relevé par aucun commentateur, journaliste ou intellectuel que j'ai pu entendre. Nulle doute que si ce travail avait été fait il aurait abouti à la nécessaire décentralisation de l'état au profit des régions, pour leur permettre un développement administratif (par exemple, recrutement de fonctionnaires sur place), économique( par exemple, fixer le niveau du smig ), culturel et éducatif (par exemple, reconnaissance des langues locales qui sont une réalité actuelle et pour laquelle la France est régulièrement condamnée par les institution européenne et mondiales). Le malaise actuel n'est pas prêt de disparaître.

A la radio j'entend le commentaire d'une députée qui m'écorche l'oreille : elle parle à propos du mouvement des gilets jaunes, de contestation démocratique. Elle répète cette expression à deux reprise pour bien s'assurer que c'est vrai; le journaliste et l'autre intervenant ne rebondissent pas sur cette remarque. Moi, je sais bien ce que c'est qu'une contestation minoritaire, majoritaire, populaire, élitiste, soutenue ou décriée par le public ou par le pouvoir. Mais je ne sais pas ce que c'est qu'une contestation démocratique. Je sais par contre que le mode démocratique est un mode de gouvernance politique qui fait toute sa place aux non spécialistes, au public, en leur donnant accès aux informations et aux décisions qu'ils pourraient prendre ou dont ils voudraient se saisir. Et ce mode de gouvernance est inconnu en France. Nous vivons dans une république monarchique et je suis bien heureux que de nombreux commentateurs le soulignent, et bien agacé que ça ne génère aucun programme politique ou action contestatrice; ni de partis politiques, ni de syndicats, ni d'intellectuels, ni d'églises, ni d'aucune association d'aucune sorte. En l’occurrence dans le cas qui nous occupe aujourd'hui : les gilets jaune ont besoin d'un gouvernement agressif envers ses citoyens pour eux aussi agresser à leur tour les autres citoyen. Ce masochisme collectif m'ennuie profondément.

Cette déficience d'aptitude à la décision collective, digne d'un pays moyennement développé; dont la responsabilité échoit à beaucoup de monde dans ce pays, soit par préjugé, par conviction, par ignorance ou  indifférence, par fainéantise  ou par lâcheté, ne permet pas d'envisager sereinement l'avenir. Ainsi puis-je reprendre le slogan des punks : Le Politique en France = no future.