L'affaire Benalla n'occupant plus l'actualité, je peux dire mon agacement et ma déception sur le sujet. Agacement et déception du monde politique, médiatique, intellectuel français. Le niveau de bruit médiatique que cette affaire a produit n'a d'égal que la médiocrité de sa réponse politique, médiatique et intellectuel. 

Petit rappel des faits : un employé du service de sécurité du président français, pris sur le vif en vidéo, frappe un couple d'individu en marge d'une manifestation, alors qu'il n'avait, de par ses fonctions, rien à y faire. Deuxième temps de cet affaire, le président essaie de camoufler les faits, sans succès : les masques finissent par tomber, après des mensonges et des silences pesants. 

Pour penser véritablement cette affaire, il faut s'interroger sur les conditions de la production de cette vidéo : elle a été mise à la disposition des services ordinaires de police, puis diffusé illégalement vers le public français. Les services chargés de l'examen de ce genre d'informations, concernent environ 150 personnes, ces fonctionnaires tenus au secret, doivent veiller au bon fonctionnement de l'administration. Une personne, parmi ces fonctionnaires chargés d'examiner ces informations, a du trahir son service et la loi pour faire le métier pour lequel il est payé : c'est à dire de s'assurer du bon fonctionnement de l'administration. 

Comment se fait il que personne dans le monde politique, médiatique et intellectuel français ne s'indigne qu'un fonctionnaire doive trahir son employeur et la loi pour faire son travail ? La réponse politique à cet situation, qui aurait du être produite paraît évidente : il faut changer la loi, il faut que les informations qui mettent en cause l'intégrité des fonctionnaires soient consultables par tous les français. La démocratie implique un contrôle de l'état, et donc l'accés aux informations qu'il utilise, par les citoyens. L'émotion qu'a suscite cette affaire n'est pas anodine : elle indique qu'il y a un décalage entre les attentes de transparence et de contrôle démocratique des français et la pratique gouvernementale actuelle. Le véritable travail en politique est d'accompagner ou de faire émerger des valeurs nouvelles autour desquelles les individus peuvent se reconnaître. Dans ce cas précis, il faut proposer une loi : celle de l'accés public à ces informations. En travaillant sur cette proposition, on est au coeur de la politique, c'est à dire, de la qualité du lien entre les électeurs et les élus, et donc entre les citoyens et la société. Il s'agit d'un travail politique qui produit une identification du citoyen à la société, un bien être, une responsabilité et une confiance réciproque. Ce travail n'ayant pas été fait, on va donc entendre encore souvent parler de fracture de la société française, de colère populaire, de populisme. 

En ne dénonçant qu'une utilisation trop personnelle de l'état par le président, Le monde politique, médiatique et intellectuel français est resté faible : la relation entre les électeurs et les élus ne s'améliore pas. Les conditions d'une société plus performante, plus responsable, plus optimiste n'est malheureusement pas examinée sérieusement. Dans un monde ou la coopération,la compétition et la comparaison entre les nations est la règle, cette faiblesse de pensée et d'action est pénalisante. Je crois que la France vaut mieux que ce que ses élites politiques, médiatiques et intellectuelles françaises en font actuellement. Il appartient maintenant à chacun de le penser et d'agir en conséquence.